Ville sainte abritant le mausolée du légendaire imam Reza, Machhad est réputée en Iran pour ses mariages temporaires (sigheh). Les aînées mettent en garde les jeunes filles contre les risques de ces unions, héritage d'ancestrales traditions chiites, comme nombre de lois dans le pays. Car si les hommes peuvent contracter plusieurs de ces alliances a la fois, les femmes, privées de droits, en restent les éternelles laissées-pour-compte. Leyla en fait la douloureuse expérience avec sa fille Nila, 6 ans, fruit d'un tel mariage et enfant illégitime condamnée a l'invisibilité et a l'exclusion. Déterminée a arracher sa reconnaissance, Leyla jette toutes ses forces dans la bataille pour doter Nila d'une identité a l'état civil et pouvoir la scolariser. Courant de tribunaux en administrations dans un éreintant marathon, elle se heurte a l'opacité bureaucratique, a l'arbitraire et a l'hypocrisie. Obligeant le pere de l'enfant a subir un test ADN, elle craint aussi que la garde de Nila, une fois la paternité avérée, lui soit légalement retirée. Impunité légale Niloufar Taghizadeh a accompagné pas a pas pendant pres de trois ans Leyla, qu'elle connaît depuis l'enfance, dans son labyrinthique combat, sous le regard de la petite Nila, qui partage de bout en bout l'épreuve, privée d'identité et d'insouciance. Animée par le désir de les aider, elles et d'autres enfants sans papiers, la réalisatrice a tourné en partie clandestinement a Machhad, cité de pelerinage, pour mettre au jour ce systeme inique. Immersion rare dans le quotidien kafkaien des femmes iraniennes, Le reve de Nila au jardin d'Éden documente tres concretement l'oppression qu'elles subissent. En contrepoint du parcours de Leyla, des vidéos de déclarations officielles rappellent l'impunité légalisée dont jouissent les hommes, légitimée par l'instrumentalisation de l'islam. La prostitution ou les liaisons autorisées par les mariages temporaires sont ainsi présentées comme une nécessité, en cas d'indisponibilité des épouses. Mais au fil de parties de cerfs-volants et de séquences complices de peinture ou de danse, le film dessine aussi le portrait d'une relation mere-fille fusionnelle, infusée de la vitalité rieuse et contagieuse de Leyla et de l'imagination poétique de Nila.