Italie, fin des années 1950. Pier Paolo Pasolini sent que sa patrie traverse une période de profonde mutation avec l'entrée dans la modernité économique et l'arrivée du tourisme de masse. Pour le magazine Successo, il part tout un été en reportage le long des côtes de son pays. C'est ainsi qu'il écrit La longue route de sable, ou il évoque deux Italie, celle du Nord, engagée dans la croissance, et celle du Sud, encore ancrée dans un passé mythique, en voie de disparition. Soixante ans plus tard, le cinéaste Pepe Danquart se lance dans le meme voyage. D'une plage a l'autre Parmi les touristes venus peupler les stations balnéaires italiennes dans la seconde moitié du XXe siecle, les Allemands étaient au premier rang. Le voyage de Pepe Danquart fait écho aux habitudes de ses compatriotes, mais il se révele d'une tout autre nature. Au séjour all inclusive, le réalisateur préfere la flânerie itinérante, et au transport de masse, une petite Fiat d'un autre temps, identique a celle que Pasolini conduisait en 1959. Son road-movie rend hommage a l'auteur des Écrits corsaires, dont les mots visionnaires résonnent toujours avec une force confondante. Si l'itinéraire emprunté par le film est prévu a l'avance (une boucle de 3 600 kilometres de Vintimille a Trieste), chaque étape est ouverte a l'imprévu, au hasard des rencontres. Suivant les traces de Pasolini, Pepe Danquart (Cours sans te retourner), d'une certaine maniere, élargit la perspective, la mondialisation ayant fait son euvre depuis : l'Italie d'aujourd'hui est montrée comme la porte d'entrée du continent européen et, d'une plage a l'autre, les personnages principaux sont les migrants venus d'Afrique. Les inégalités et les dérives du monde actuel traversent ainsi ce carnet de voyage ensoleillé et mélancolique qui, paradoxalement, exhale une grande douceur.